Le monde selon Monsanto ou qui paye qui?
22 05 2008J’ai visionné le documentaire de la cinéaste Marie-Monique Robin, « Le monde selon Monsanto », hier soir. Elle fait actuellement la tournée des médias pour faire la promotion du film et du livre qui l’accompagne. Jusqu’à maintenant la question des OGM me laissait plutôt indifférent. Je ne savais vraiment pas quoi en penser. Le film m’a éveillé. Je pense qu’il faut se méfier des OGM.
Le film se divise en deux temps. D’abord, il fait la démonstration qu’on ne peut pas faire confiance à la compagnie Monsanto qui contrôle 90% du marché mondial des OGM. Ensuite, on explique comment la FDA américaine, la Food and Drug Administration, en est venu à valider l’utilisation des OGM sans jamais avoir eu la confirmation qu’elle était sans danger pour la santé humaine.
Monsanto est le leader mondial de la biotechnologie. Elle a créé entre autres, les BPC qu’on trouve dans tous les transformateurs électriques de la planète, l’agent orange, le défoliant utilisé pendant la guerre du Vietnam, le Roundup, un des herbicides les plus utilisés dans le monde et le Posilac, une protéine pour augmenter la production de lait chez les vaches. Monsanto a toujours nié la toxicité de ses produits en utilisant tous les moyens dont dispose une multinationale prête à tout pour discréditer ses adversaires. Elle a caché pendant 50 ans ses propres études qui démontraient les dangers des BPC pendant qu’elle en vendait pour des milliards au fur et à mesure que le monde s’électrifiait. Elle a nié les dommages collatéraux de l’agent orange jusqu’à ce qu’elle perde des procès contre ceux qui en ont été victimes. Le Roundup, un herbicide non-sélectif, est en autres utilisé dans la culture du colza, aussi appelé canola. En deux applications saisonnières, il tue indifféremment toutes les herbes. Pour que le colza qu’il est sensé protéger survive, Monsanto a créé un colza génétiquement modifié qui résiste au Roundup. C’est le comble de l’intégration verticale, Monsanto a créé un poison pour faciliter la culture du colza ce qui oblige les agriculteurs à acheter les semences modifiées pour y résister. Le Posilac que Monsanto présente comme un supplément naturel, a été autorisé aux États-Unis malgré les doutes de certains chercheurs indépendants. Ici, trois chercheurs de Santé Canada ont sonné l’alarme, ce qui a mené eu rejet de son utilisation. Dans les semaines qui ont suivi, les trois chercheurs ont été remerciés et Monsanto a offert de 1 à 2 million de dollars pour supporter certains programmes de Santé Canada. Heureusement cela n’a pas infléchi la décision.
En ce qui concerne l’utilisation des OGM, le film démontre que la FDA a autorisé leur utilisation sans jamais avoir mené d’étude sur leurs conséquences sur la santé humaine. Monsanto a utilisé le lobbying politique et la stratégie des portes tournantes pour imposer ses gènes modifiés. La stratégie des portes tournantes consiste à faire engager des employés ou sympathisants de Monsanto par la FDA et à nommer des ex-employés de la FDA à des postes de direction chez Monsanto. C’est ainsi que les règlements de la FDA sur les OGM ont été rédigés par un avocat du cabinet qui avait Monsanto comme client. Un ancien dirigeant de la FDA avoue candidement que l’autorisation des OGM était une décision politique qui n’a pas été prise sur des raisons de santé publique. Ici, les politiques de Santé Canada sur les OGM sont basées sur celles de la FDA. Le gouvernement fédéral n’a pas fait son travail pour nous protéger adéquatement. Ce n’est pas rassurant.
On ne peut pas conclure que les OGM représentent un danger pour la santé humaine. Par contre, il faut se méfier du grenouillage, du camouflage et de l’incompétence qui ont mené à leur adoption. L’Europe, où Monsanto a probablement moins d’influence qu’en Amérique-du-Nord, a autorisé leur utilisation. Par contre elle a légiféré pour obliger l’étiquetage des produits en contenant. Ici encore, au début du mois, les conservateurs et une majorité de députés libéraux ont défait un projet de loi présenté par le Bloc québécois pour que les produits contenant des OGM soient clairement identifiés. C’est une insulte pour les citoyens que nos élus sont sensés protéger. Alors il faut poser la question, qui paye qui?
Le film est presenté à Montréal au cinéma ExCentris du 23 au 29 mai
Publié par : jacqueso à 11:03:13Permalien
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